04/04/2009

La Fille du RER

la fille du rer.jpgSi vous vous attendez à voir un film sur le fait divers qui a secoué la France en 2004 vous serez déçu. Le réalisateur, André Téchiné, s'est servi de ce fait divers pour dénoncer le pouvoir des médias et des politiques et, dans une autre mesure, mettre en avant le mal être des jeunes dans cette société individualiste. En aucun cas Téchiné cherchera à donner des explications sur les raisons qui ont pu pousser cette jeune fille à commettre un acte aussi singulier.

En 2004 une jeune fille déclare avoir subi une attaque antisémite dans le RER par plusieurs jeunes armés de couteaux. Cette affaire sera reprise par les médias puis les politiques pour dénoncer entre autres les actes antisémites et une augmentation de la violence, notamment chez les jeunes de banlieues (les clichés, toujours les clichés). Le réalisateur le précise bien à la fin du film, les personnages sont tous fictifs et n'ont aucun lien avec le fait divers dont il s'est inspiré.
Jeanne (Emilie Dequenne) est une jeune fille sans problèmes apparents qui a été élevée par sa mère (Catherine Deneuve) dans une banlieue assez tranquille, sans manquer de rien. Inséparables, elles ont ce genre de relation mère/fille fusionnelle. Cette relation va être mise à l'épreuve par l'arrivée d'un jeune homme, Franck (Nicolas Duvauchelle) qui tombera amoureux de Jeanne et avec qui il va avoir une histoire passionnelle et destructrice.
Téchiné dresse en parallèle le portrait d'une deuxième famille en plein déchirement, celle d'un avocat réputé, Samuel (Michel Blanc), grand défenseur de la cause juive. Son fils, Alex (Mathieu Demy, excellent) en instance de divorce d'avec sa femme, Judith (Ronit Elkabetz), revient en France pour la Bar Mitzvah de son fils. Les rapports entre les ex époux d'une part et entre le père et le fils sont au plus tendu.

Le réalisateur construit un thriller efficace, accentué par la musique, sur la détresse d'une fille qui, suite à une trahison, va commettre un acte irréparable et s'enfoncer de plus en plus loin dans son mensonge. Le réalisateur fait monter la tension autour de ce mensonge en distillant quelques indices sur la pathologie mensongère de Jeanne et en montrant en arrière-plan, toujours présent et menaçant, le RER qui passe, présage d'un incident à venir.
Dans cette première partie ("les circonstances") Téchiné décrit un mal être ambiant chez les jeunes, aussi bien à travers une jeune fille en besoin d'amour et d'attention que chez un jeune garçon qui veut trouver sa propre place dans la société tout en satisfaisant ses parents vis à vis de leurs principes religieux.
Dans la deuxième partie ("les conséquences"), plus courte, le réalisateur dénonce les abus de pouvoir des médias et des politiques. Malheureusement le réalisateur ne va pas assez loin dans sa réflexion, il reste trop en surface et se perd dans ses sujets. Ce qui faisait la force du film dans la première partie, l'interaction entre les deux histoires et la dramaturgie qui en découle, tombe en platitude dans la deuxième. Le tout reste cependant très plaisant, servi par une distribution d'acteurs exemplaire.

Mais qu'est-ce que ça peut bien être?