23/10/2011

L'Exercice de l'Etat

pierre schoeller, michel blanc, zabou breitman, laurent stockerLe 26 octobre prochain sort L'Exercice de l’État, film franco-belge sur le monde de la politique française, présenté à Cannes cette année dans la section Un Certain Regard. Le réalisateur, Schoeller (Versailles) a réussi à faire un film plus profond que ce qui l'en parait.  Contrairement à La Conquête, L'Exercice de l’État est aussi (et avant tout, j'ai envie de rajouter) un thriller politique à dimension très cinématographique, un film qui dépasse les limites de la représentation gouvernementale française classique pour nous entraîner dans un univers onirique, étrange, envoûtant.

Le réalisateur s'attaque à la politique française et à ses dirigeants avec ferveur et cynisme. Surtout qu'il n'y va pas de main morte en reprenant les clichés négatifs et néfastes de l'image que nous avons de notre gouvernement. En quelques mots, un monde de requins assoiffés de pouvoir et de reconnaissance, prêts à oublier leurs convictions et idéaux personnels pour servir leur intérêt politique.
Forcément, vu l'image très négative et dégradante pour le gouvernement français que le réalisateur s'applique à transmettre, on ne peut que penser que ce qu'il décrit n'est pas très loin de la réalité. En dehors de cet aspect de pouvoir et de manipulation qu'on nous renvoie, ce qui est d'autant plus intéressant, c'est que le film ne s'arrête pas là. Il apporte une dimension plus onirique et fantastique au sujet. Dès les premières images, on est plongé dedans, dans un monde où l'on ne sait quelle est la vérité, celle qu'on nous montre, ou une autre plus malsaine, plus secrète. Dès cette première scène, on sait à quoi s'attendre pendant tout le film, la politique est un monde d'hypocrites et de faux-semblants.
Cette dimension onirique et surnaturelle est amplifiée par la musique (créée par le réalisateur lui-même), étrange et stridente qui confère au film son atmosphère fantastique.

Mais de cet univers de faux-semblants et d'hypocrites, le réalisateur a réussi à faire ressortir une très belle amitié, ambigüe autant qu'émouvante, entre un ministre et son directeur de cabinet. Cette relation fait le lien pendant tout le film entre l'aspect humain et politique de cet univers. Ce qui donne au final un film très complet, passionnant (malgré quelques longueurs au milieu du film) qui interpelle sur son sujet brulant.

Quand au casting il est parfait. Le choix d'Olivier Gourmet dans le rôle du ministre des transports semble évident, étant peu connu du public on l'identifie d'autant plus et apporte plus de crédibilité au film. Les présences de Michel Blanc et de Zabou Breitman sont parfaites en second rôles. Sans être effacés ni aux premières loges ils arrivent à s'imposer tout en restant en retrait.